- PEROU -
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A chaque passage de frontière, c'est la même chose: on a plein de sous qui restent. Malgré tous nos efforts, on a seulement une vague idée du taux de change en cours, et les changeurs, qui sont des malins, vont pouvoir en profiter. Notre entrée au Pérou mérite, sans contestation possible, la palme d'or des " pigeonnages " subis: non content d'avoir réussi à nous faire accepter un taux plus que désavantageux, on nous informera deux jours plus tard que quatre des billets sont faux. Si au moins il s'agissait de contrefaçons habilement réalisées ! Mais non: on est mi-furieux, mi-honteux de constater qu'on a réussi à nous refiler de vulgaires photocopies. On aurait pu nous tendre une liasse de coupons de papier toilette qu'on n'y aurait vu que du feu !
Afin d'oublier cet affront, et afin de redorer notre blason en impressionnant les autochtones par nos talents naturels, on s'en va à la plage de Mancora et on y loue une planche de surf. Pierre se lance le premier, vaillant et sûr de lui. Allez savoir si c'est la planche qui a un défaut, le vent qui est trop léger ou la mer qui n'est pas assez salée, mais après une bonne demie heure il n'a pas réussi à accrocher une seule petite vague, même à plat ventre. Ses compagnons n'auront pas plus de succès. A voir, ça avait pourtant l'air facile…
On se rabat donc sur un sport qu'on connaît mieux: le vélo. La première partie est plutôt plaisante: la route longe la mer, grimpe un peu à l'intérieur des terres, puis re-débouche sur la mer, traversant parfois un village de pêcheurs. Puis on grimpe sur un plateau dans un décor fantastique de vallées et de montagnes coupées nettes à la même hauteur. Les teintes rougeâtres des rochers dans la lumière de fin d'après-midi font le bonheur des photographes, et les pompes à pétrole, qui fourmillent du bord de la route jusqu'à l'horizon, nous font penser à de gigantesques oiseaux métalliques picorant le sol du désert. Ensuite, ça devient moins folichon. On nous avait prévenu: la cote péruvienne n'a rien d'un paradis pour cyclistes: c'est désertique, monotone, et le vent s'acharne sur nous, de face bien entendu. On pourrait croire qu'il est agréable de pédaler en suivant le bord de mer, mais l'ennui est que la plage fait au moins 20km de large et que si l'on excepte la première partie jusqu'à Mancora, on ne voit que le sable.
Malgré la monotonie des paysages, les surprises sont toujours au rendez-vous : à Piura, alors qu'on se prépare à affronter le désert de Sechura, un français nous aborde. Directeur de l'alliance française de Piura, il a un ami qui s'occupe d'une chaîne de TV locale, Canal 7, et nous propose de faire une interview. La traversée du désert sera donc remise au lendemain et on aura la chance de découvrir les studios d'une petite chaîne péruvienne. C'est pas exactement l'idée qu'on se faisait d'un studio de télé: la régie est seulement composée de deux ou trois télés et magnétoscopes, mais les deux virtuoses qui s'en occupent ont l'air de très bien se débrouiller avec ça. On passe un moment sympa et on repart avec un excellent souvenir: la bande vidéo du journal télévisé contenant notre interview, à ajouter à la montagne d'archives déjà amassée dans nos sacoches…
En chemin, on passe souvent la nuit dans des bistrots de bord de route. Celui du km 882 nous laisse un souvenir particulièrement bizarre: le patron ressemblait un peu à l'incroyable Hulk. Comme musique, on est dispenses des éternelles Salsa et Merengue, et on a droit à une cassette de Abba. Raffinement suprême: les paroles sont traduites en espagnol, comme pour la plupart des chansons étrangères. On avait déjà eu la chance d'entendre du Joe Dassin et du Cabrel en espagnol, et on attend avec angoisse l'arrivée des Spice Girls en terre hispanophone. Nos oreilles sont en train de se délecter lorsque arrive un camionneur qui demande à manger. On lui sert aussitôt un plat composé de l'incontournable riz, agrémenté d'une paire de pattes de poule qu'il suce avec délectation. On craint de se voir servir la même chose, mais on nous rassure: la recette n'est pas d'un plat typique du coin, ils le servent seulement à ce client habitué qui adore ça. Ouf ! C'est donc la routine jusqu'au village de Santa, point ou nous quittons la côte pour grimper vers les sommets vertigineux des Andes. Entre-temps, on visitera, près de la ville de Trujillo, un des plus importants sites pré-Incas: Chan-Chan. Il s'agit de la capitale du peuple Chimu, qui occupait la région du XIIe au XIVe siècle, avant d'être envahis par les Incas. Le site est impressionnant, non pas par la finesse de son architecture, mais par son étendue: on peut se promener un certain temps dans le labyrinthe de la citadelle Tschudi, la seule partie restaurée, et trouver cela immense. Il ne s'agit pourtant que d'une fraction des 18 km carrés que couvrait la ville, entièrement construite en " adobe ": un mélange d'argile et d'herbe, encore très utilise au Pérou pour la construction. Ce type de construction résiste bien moins aux outrages du temps que les pyramides Mayas ou les murailles Incas, et les parties non restaurée font plutôt penser à de vieux châteaux de sable tombés en désuétude.
C'est sans trop de regrets que nous quittons la cote pour s'enfoncer dans la vallée du Rio Santa. Le début nous fait un choc: finie la belle asphalte, on se tape maintenant des pistes de terre et de cailloux dans un état parfois désastreux. Au début, c'est une vallée large et plate, avec de nombreuses cultures dont les " Marigol ", fleurs oranges servant selon les uns à faire du parfum, selon les autres à nourrir les poulets. Ces fleurs doivent en tout cas avoir des vertus euphorisantes, car les cueilleurs et cueilleuses sont joyeux et surexcites. Ils nous assaillent pour qu'on les prenne en photo tout seul, en groupe, avec les sacs de fleurs ou en train de charger le camion. Ravis de l'aubaine (les Péruviens n'ont pas tous une vocation de modèles), on mitraille à qui mieux avant de repartir s'user les fesses et les cuisses sur les pistes. Petit à petit, la vallée se resserre, jusqu'à ne devenir qu'une gorge étroite avec des parois verticales de plusieurs dizaines de mètres de hauteur. La piste serpente au fond, passant d'un cote à l'autre de la rivière ou jouant à cache-cache avec elle au travers des nombreux tunnels. Parfois, la gorge se resserre tellement que les parois surplombent au fond de la route. On a presque l'impression de rouler au fond d'une grotte tellement la fissure qui nous laisse voir le ciel est étroite. Vu l'état de la route et l'isolement de la région, on ne s'attendait pas à rencontrer beaucoup de pédaleurs fous sur ce trajet. Tel fut loin d'être le cas: en l'espace de deux jours, on rencontre un couple de Bâlois et Jan, un Hollandais déjà croisé en Equateur, qui sera a l'origine du nouveau surnom de Pierrot : " El Profesor ".
Cette succession de rencontres entre collègues et de paysages spectaculaires nous mènera au pied de la fameuse et non moins spectaculaire " Cordillera Blanca ", chaîne de montagne qui compte à la fois les plus hauts sommets du pays et la plupart des amoureux de la montagne du continent. Il y en a pour tous les goûts: des treks au pieds des sommets enneiges au très haut mais techniquement facile… Huascaran, en passant par l'inaccessible Alpamayo, que certains experts esthéticiens, qui n'ont sans doute jamais été voir le Cervin, ont osé déclarer plus belle montagne du monde ! Les Topios, eux, se contentent d'une petite excursion aux lacs de Llanganuco, au pied du massif du Huascaran. Journée de repos en théorie, vite convertie en grimpette essouflante à coups de : " On va un peu plus haut ? Ouais, au point où on en est ... " Les villes de la vallée n'ont presque rien garde de leurs constructions anciennes. En effet, la région est très exposée aux désastres naturels. En 1970, un tremblement de terre a provoqué l'effondrement de la quasi-totalité des villes de Caraz et Huaraz. Pire: une coulée de neige, glace et boue provoquée par la secousse a entièrement recouvert la ville de Yungay, enterrant vivant ses 18'000 habitants. Malgré cela, les villes de la région offrent une ambiance très sympathique. Caraz est une petite ville tranquille, mais non sans intérêt: le professeur Aguilar, apiculteur et hôtelier, loge la plupart des voyageurs de passage. Il nous parle de la vie des abeilles, nous montre des livres entiers de photos des différents congrès d'apiculteurs auxquels il a assisté au Mexique, en Argentine ou en France, et nous explique également sa version de la montagne: -" Il faut monter de l'autre côté, sur la Cordillère Noire. De là, on voit tous les sommets de la Cordillère Blanche à la fois. Il y a des crétins qui passent deux ans à faire tous les sommets "…
A Caraz, on a droit également au traditionnel défilé du dimanche pour le lever du drapeau. Il faut signaler qu'il est impossible d'y couper dans ce pays: pour autant qu'on se trouve le dimanche matin dans une ville de plus de 50 habitants, on est sûr de voir débarquer la fanfare, les soldats et les écolières en uniforme. Hervé en raffole (du défilé, bien entendu), Pierrot beaucoup moins. Cette fois-ci, pourtant, une attraction inattendue fait l'unanimité: le défile des anciens combattants de 1941 (guerre avec l'Equateur), un groupe de petit vieux à bretelles avec les pantalons qui remontent jusque sous les bras. Plus haut dans la vallée, Huaraz offre une ambiance bien différente: c'est la base de tous les Andinistes du coin. Agences de tours en montagne, restos, cafés Internet: c'est animé, touristique en restant très sympa. Pour fêter nos 8000 km et le milieu du voyage, on s'offre une raclette dans un bistrot français. De la raclette, des montagnes enneigées: le mal du pays n'est pas loin, d'autant que certains décrivent la vallée comme " la Suisse du Pérou " (comme c'est original). Il y a même une " place de Genève "; avec un écriteau qui indique: -" Suisse, 10'000 km "...
Nous voici repartis, après une sympathique journée intitulée repos et " bains thermaux ", en direction de Catac. La montée est " suave " mais le brave Louis traîne la patte. Apres 20 km, nous nous arrêtons dans le village de Recuay. Les mamies et les enfants sont effrayés par la pâleur de notre grand blond. Il y en a même une qui nous avertit de sa mort prochaine si nous ne faisons pas quelque chose pour lui! Heureusement pour nous, une sympathique restauratrice nous invite à dormir chez elle. Frédéric se repose tout en étant bichonné par un gamin de 10 ans qui lui apporte du thé de coca mais qui lui conseille plutôt un bon " trago "! (alcool fort). Les deux autres, quant à eux, se livrent à des parties d'échecs acharnées. Le lendemain, nous arrivons à Catac (3600m) mais Frédéric n'en peut plus. Vu sa tête nous nous doutons que quelque chose ne tourne pas rond et nous le renvoyons avec armes et bagages à Huaraz pour qu'il se fasse examiner à l'hôpital. Apres analyse, il s'avère, que ce grand farceur, qui tient absolument à ramener le plus de souvenirs possibles, à attrapé des salmonelles. Une nuit sous perfusion, quelques antibiotiques, un peu de repos et il nous rejoindra quelques jours plus tard, en camion, à Huanuco. Pendant ce temps là, les deux autres continuent la route sur une dizaine de kilomètres et bifurquent pour rentrer dans le fameux Parc du Huascaran. A l'entrée, nous nous faisons accueillir par un groupe de gamins qui nous disent: On chante ! Et nous voilà devant la chorale du parc en espérant fortement qu'il ne se mette pas à pleuvoir...Quelques biscuits en guise de remerciement et nous entamons cette fameuse piste, caillouteuse à souhait, qui nous mènera à Hullanca par les hauteurs. Le soir, nous dormons dans une hutte de bergers, en plein centre des sommets enneigés, de l'herbe jaune qui s'étend à perte de vue et avec en prime un superbe coucher de soleil. Le temps est à la rêverie mais le lendemain matin, on rigole moins. Il faut faire la vaisselle avec l'eau puisée dans la rivière qui gèle immédiatement dans les casseroles. On ne s'éternise pas et on reprend la route. Ca grimpe gentiment et au détour d'un chemin nous les voyons enfin ! Ils sont longs, poilus et droits comme des " i ", ce sont les fameux " Puyas Raymondi ". Cette plante bizarre, qui est considérée comme l'une des plus vieilles au monde, reste en touffe pendant environ 100 ans et met une année à fleurir et à pousser jusqu'à atteindre une hauteur d'une dizaine de mètres pour un bon mètre de diamètre. La piste continue mais la montée devient plus ardue et le souffle plus court. Le plus dur réside dans le fait qu'il faut bien négocier les virages pour éviter " l'enlisage "! Ca grimpe dur, il commence à faire froid et ce col qui n'apparaît toujours pas. 14h00 enfin ! Nous voici quasiment à la hauteur du Mont-Blanc (environ 4800m). Embrassades, fondue, champagne et nous commençons la descente. Oh! surprise s'exclame Pierrot, il y a encore une jolie montée. Même si on s'en doutait un peu, il nous fallait en finir au plus vite si on ne voulait pas passer la nuit la haut. Ca monte, ça remonte, un bout de plat mais faux espoir ça remonte de plus belle. Nous entamons la descente à la tombée du jour dans l'espoir d'arriver à Hullanca. La nuit tombe trop vite et avec les trous qui traversent les routes (c'est bien connu) nous nous arrêtons dans une petite chapelle au bord de la route.
Le jour suivant est parsemé de montées et descentes tout en longeant la magnifique rivière du " rio Maranon ". Il n'y a pas grand chose sur la route et la plupart des gens que nous rencontrons sont des paysans qui cultivent leur petit lopin de terre, courbés en deux, à pieds nus et à l'aide d'outils de Neandertal. Notre passage donne une petite impression de gaité. Même si l'on ne s'arrête pas à chaque fois pour discuter, ils prennent plaisir à nous interpeller et à nous demander ou l'on va. Ces gens n'ont absolument rien si ce n'est une famille, généralement trop nombreuse pour ces pauvres paysans, au visage vieillit prématurément par le soleil et qui travaillent 7/7 jours dans l'unique but de survivre. Un jour, Hervé demande le chemin à un charmant monsieur qui comprend bien l'espagnol (beaucoup parlent le Quechua. Langue datant de l'époque Inca et qui est encore très usitée dans les montagnes). Ca discute, les villageois se rapprochent et voilà que ce farfelu propose de vendre sa fille de 5 ans. Interloqués, nous ne savons que répondre et surtout si c'est une plaisanterie. L'homme insiste et Hervé se permet de lui souligner qu'il a de la chance d'avoir une fille comme ça et qu'on ne peut vendre un enfant! L'homme rigole et nous dit que c'est une blague, à voir la tête de la fille nous constatons que ce n'est pas un humour contagieux... Autre comportement bizarre aussi, depuis que nous sommes dans ces montagnes les enfants fuient en nous voyant, abandonnant leurs chèvres, cochons ou cerfs-volants sur la route. Pierre n'est pas rasé, Hervé sent sous les bras mais quand même ! Apres 2 ou 3 entretiens avec des locaux, nous comprenons mieux leur réaction. Pour la vente des enfants, il y a eu un véritable marché noir, notamment dans le commerce d'organes. Les paperasses et l'administration étant relativement lourds au Pérou, il était plus facile de passer par ce marché pour en adopter un. En ce qui concerne l'adoption, nous préférons ne pas faire de commentaire... Aux dernières nouvelles, il paraîtrait que la situation soit contrôlée. Pour la crainte des enfants à la vue des " Gringos ", l'histoire est beaucoup plus vieille. Lors de la colonisation espagnol (vers 1530), les conquistadores non rien fait de plus que de piller, violer, tuer et importer la vérole (Parmentier aura au moins ramené la pomme de terre en Europe !). Bref, il fallait bien trouver une raison à ce carnage et la légende veut que les espagnols tuaient pour construire des ponts avec les cadavres. La légende évolue et il se dit que la graisse humaine est utilisée pour lubrifier les rouages des trains. A l'heure actuelle, la graisse serait utilisée dans le domaine spatial ! Il est évident que tout le Pérou ne vit pas de cette légende mais les quelques enfants qui nous craignent laissent à réfléchir. D'autant plus que les parents perpétuent la légende avec: -" si tu manges pas ta soupe, y' à un gringo qui va venir te chercher ! ". Comme quoi l'éducation... Un soir, nous atterrissons dans un restaurant, perdu au milieu de nulle part, où une famille habite. L'accueil est chaleureux et ils acceptent que nous passions la nuit chez eux. Il fait encore bon, les oiseaux chantent et Pierrot décide d'aller se laver à la rivière. Mais voilà qu'un chien, par ses jolis mollets alléché, vint croquer ! Ce n'est pas profond, mais ca saigne un peu, il a donc droit à une grande bassine d'eau chaude pour se laver et se désinfecter pendant qu'Hervé se les gèle (pardon pour l'expression) dans l'eau de la rivière. En pleine nuit, Pierrot qui n'ose plus sortir à cause des chiens, s'empare d'une bouteille et se soulage dedans ! Il est clair qu'en passant par les montagnes nous savions que nous ne prenions pas l'itinéraire le plus court et le plus facile mais de la à se taper 50 km de pure descente à 20 km/h tellement la route est mauvaise il y a un pas !
Heureusement les vélos sont solides (merci Cilo) mais par contre nos jambes ne peuvent rien contre ces chiens voraces, bruyants et en manque de chair fraîche. La coupe est pleine, nous décidons de nous lester de cailloux et d'en faire profiter chaque chien qui nous court après. Le jeu est simple, au début ca fait " ouaf, ouaf " et après " kai, kai " ! Une chose est sûre, on préfère les lamas... Après toutes ces aventures nous arrivons enfin à Huanuco (1920m) ou Frédéric devait nous attendre. Nous apprenons avec surprise qu'il va mieux et qu'il fait un peu de vélo...Il nous rejoint donc le jour suivant, poussiéreux de la tête au pied mais en meilleure forme que 4 jours auparavant. La ville n'offre rien de spécial si ce n'est l'amabilité d'un gentil restaurateur, Julian, d'une quarantaine d'années, qui a lu les aventures du couple français qui a fait le tour du monde en vélo durant 14 ans. On se voit inviter au déjeuner, à boire la bière, à dîner et à souper. Le poulet à la braise est délicieux et la discussion fort intéressante. La coutume pour boire la bière est un peu différente de chez nous. Ici, personne n'achète sa propre bière. La tablée commande une bière, un verre et on fait tourner. A signaler aussi que le Pérou a une loi d'avance sur la suisse : il est strictement interdit de fumer dans les lieux publics. Par contre, ils en ont une de retard: les amendes pour " klaxonnage " excessifs! Après avoir échangé nos adresses et lui avoir remis notre photo souvenir nous partons nous coucher lorsque tout à coup les mains de Pierrot se mettent à trembler: il vient de voir un casino ! Une occasion unique pour nous de prolonger notre voyage de 10 ans et nous rentrons, très confiants, sous l'œil amusé et charmeur des hôtesses. Notez plutôt: pour 12 sol (env. 6 chf) de mise nous en gagnons 21 ! 9 sol (env. 4,5 chf) de bénéfice et en plus la bière était offerte. Pas mal, non ? Merci quand même à Pierrot qui a l'art de se faire de l'argent là où les autres en perdent... Le lendemain matin, Frédéric et Hervé repartent en direction du Cerro de Pasco qui est une ville située au sommet des montagnes à 4300m. Notre vaillant mordu (Pierre) quant à lui doit retourner sur les lieux du crime, à 100 km de là, avec un vétérinaire et un chauffeur afin de contrôler que le chien n'est pas en train de souffrir des suites de la morsure...Que tout le monde se rassure, les deux braves bêtes vont bien !
Pendant ce temps là, les deux louis (Fred. et Hervé) continuent sur une superbe route asphaltée en saluant d'un signe de la main les nombreux paysans qui nous interpellent par des " hola mister ! ". Le deuxième jour, nous entamons la montée qui se fait soutenue. L'estomac réclame mais nous peinons à trouver un petit resto. Il faut savoir qu'un menu du jour (soupe, plat principal et parfois une boisson) nous coûte environ 3 sol ( env. 1,5 chf). On ne se ruine donc pas trop et en plus on peut profiter pleinement des feuilletons péruviens. Autant le dire : " Santa Barbara " à coté, c'est pour les intellectuels...Enfin, on monte toujours jusqu'au moment ou une petite cabane se dessine à l'horizon. L'accueil est joyeux. Les chiens, les gamins, la grand-mère et un sacré vent frais ! Le repas est composé d'une soupe de patates avec d'autres patates pour accompagner le " charmant " morceau de viande servit. Pour le dessert, c'est en braves papis que nous décidons d'aller boire notre thé devant la maison. C'était sans compter sur la tornade de gamin de 3 ans (qui tient aussi lieu de fils de la patronne) et qui s'amuse follement en nous tirant les poils des jambes. Hervé décide de l'emmener en avion. Il le prend par la taille et après quelques tonneaux, renversés et autres, il entame une montée fulgurante qui fait péter le gamin à la hauteur de son nez. Les deux éclatent de rire sous l'œil hébété de la mère qui n'a pas l'air de tout comprendre. Apres un petit adieu, nous reprenons la route, épilés, mais tout content d'avoir fait connaissance du fils Simpson.
Le soir, nous retrouvons notre Pierrot à Cerro de Pasco (4300m). Sa toux chronique s'est amplifiée et la montée rapide en bus (de 1920m a 4300m) ne l'arrange pas. Hervé tient lui aussi un sacré rhume et ils décident donc d'investir dans le sirop. La ville est morne, froide et tous les habitants sont emmitouflés de la tête au pieds. Quel plaisir d'habiter la haut ! On mange en veste et on boit avec les gants. Nous repartons le lendemain matin après avoir refusé une invitation pour aller boire un verre de pisco (alcool fort qui décape...). Le seul remède contre le froid qu'ils disent. On préfère le vélo mais Pierre ne donne plus le tour. Vidange d'estomac, rhume, mal de tête, il préfère continuer en camion jusqu'à Huancayo ou nous le rejoindrons 3 jours après. La route ne descend pas vraiment et nous restons un bon moment à rouler à plus de 4000m. Le vent souffle et il n'y a rien sur d'immenses étendues. Seul un lac se pose là avec quelques maisons abandonnées. Plus au nord, se trouve les fameuses plantations de maca. C'est une sorte de petite pomme de terre qui ressemble à un macaron Migros dont ils se servent pour faire des jus. Franchement, on aime ou on aime pas mais on ne reste pas indifférent...
Au détour d'un virage, après plus de 8000 km de vélo, une sacré récompense s'offre à nous: elles sont fines, élancées comme des gazelles, le poil fin, mignonnes, se sont les fameuses vigognes ! Cet animal des hauts plateaux, vivant en troupeau et étroitement surveillé. Le poil de cette bête est 5 fois plus fin que le cheveu humain ! Il se vend extrêmement cher et est essentiellement utilisé pour la haute couture en Italie. L'espèce est protégée et de sévères peines de prison sont prévues pour les braconniers (env. 10 ans!). La route redescend entre les vallées et nous arrivons à la Oroya qui est une immense cité minière. L'extraction du minerai de fer est l'activité principale de la région et les camions n'arrêtent pas d'aller et venir. En voyant la tenue et le visage des mineurs, nous n'osons imaginer le travail effectué dans ces montagnes. Le lendemain nous arrivons à Huancayo. Nous retrouvons Pierrot en pleine forme entrain d'étrenner sa nouvelle quena (flûte droite) dans une sympathique auberge tenue par une grand-mère. Elle a eu 9 enfants et tient une sacré forme. Le soir, nous allons dans le restaurant tenu par son fils. Il est aussi guide de la région et fervent amateur des indiens commanches il a le look de " Joe l'indien " dans le dessin animé de Tom Sawyer et un sacré sens du commerce...car les prix sont largement touristiques. Malgré cela le restaurant est plein à craquer et on a droit à un concert de musique typique. Flûte de pan, flûte droite, guitares, ocarina, tambour, tout y est et l'ambiance aussi ! Vu que ca faisait longtemps que nous n'avions plus chanté notre fameuse chanson de voyage " los topios en viaje " nous l'entonnons sur la scène sous les applaudissements nourris d'un public en folie. Même Gainsbourg aurait été plus mélodieux, mais cette fois la soirée est lancée et on se voit inviter par 3 charmantes starlettes de Lima. Ca danse sur des rythmes andins et avec les fameux " calientitos " ( alcool de canne à sucre servi chaud) ainsi que l'altitude (3200m) le cœur a de la peine a suivre ! On finit la nuit en disco et voilà que nos trois charmantes compagnes nous invitent à rester un jour de plus pour assister à la finale internationale de parapentes. Comme dirait Pierrot: -" au point où on en est... ". Nous voici donc à Chupuros, petit village situé à une vingtaine de kilomètres de Huancayo. Les parapentistes atterrissent sur une grande place herbeuse où les enfants, adultes et vieillards accourent pour les accueillir dès qu'ils ont un pied à terre. Ca tient du miracle qu'il n'y ait eu aucun accident! C'est peut-être les lunettes ou notre accoutrement qui sont impressionnants mais quoiqu'il en soit les gamins n'arrêtent pas de nous réclamer des autographes. On a beau expliquer notre situation de cyclistes et non de parapentistes cela ne les dérange absolument pas, ils veulent juste une signature. Il y a même des mamans qui viennent nous demander si l'on peut faire des photos avec leurs filles! Tout cela se passe sous l'œil amusé des " vrais " parapentistes, mais certains rient jaune...
Notre joyeuse équipe (les trois starlettes, " Joe l'indien " et nous trois) s'assoit près d'un stand tenu par une charmante et rigolote grand-mère. La présence de " Gringos " ne l'impressionne guère et elle vient discuter avec nous avant de se relever pour nous offrir pop-corn, chicha de mais (la fameuse boisson des indiens, bien meilleure qu'à Otavalo) ainsi que des " tamales " (galettes de mais) faites maison. Elles ne sont pas grosses mais vu l'énergie et la salive qu'il faut pour en manger une, personne ne se presse pour acheter le paquet... La bouteille de bière et le verre tournent selon la coutume mais malheureusement un vent violent commence à se faire sentir et nous nous mettons à l'abri. Les toiles des stands s'arrachent, la scène principale s'écroule et avec les nuages de poussières soulevés les gens s'éparpillent un peu partout. Dommage car la fête tourne court et nous décidons nous aussi de rentrer. " Joe l'indien " nous propose une petite ballade en ville de Huancayo. Parc typique, dégustation de camote (sorte de patates, cuites à la braise), soupe de tripes..., " piscarones "(anneaux frits servis avec du sirop d'érable), vue sur la ville depuis les hauteurs et pour finir sympathique apéro dans sa maison. Il est certain que Huancayo restera grave dans nos mémoires !
Le lendemain, nous partons enfin, la tête encore dans les étoiles pour rejoindre Ayacucho. La piste caillouteuse recommence et Hervé en profite pour faire une petite chute. En tant que grand connaisseur dans ce domaine, il s'en sort avec quelques égratignures. Frédéric, imperturbable continue ses crevaisons avec une constance déconcertante ce qui engendre des attentes plus ou moins longues pour certains...La piste est vraiment mauvaise mais le décor grandiose. Nous passons au milieu des cactus qui sont plantes sur d'énormes parois rocheuses rougeâtres et qui s'enfoncent dans les entrailles de la terre. Un mini " grand canyon " où nous prenons largement notre temps afin de ne perdre une miette de cette ambiance féerique. Un soir, nous trouvons refuge dans un bistro. Le patron nous accueille bien gentiment et nous invite à participer à une petite commémoration à un kilomètre de là. La toiture d'une maison vient d'être terminée et tout le village est convié à venir fêter l'événement. Nous laissons nos vélos sous l'œil vigilant de sa fille (4 ans) et de sa femme et nous partons équipés de nos appareils photos. Il y a une quarantaine de personnes, les femmes s'affairent derrières les chaudrons et les hommes boivent une sorte de dégivrant pour serrure qui réchauffe jusqu'au bout des orteils! Ah, tout le monde s'exclame, le propriétaire de la maison monte sur le toit avec sa femme et sa fille chargés de grands sacs multicolores avec à l'intérieur, bonbons, galettes, mandarines, biscuits et autres. Ils en lancent un peu partout et les gens tentent de les attraper. Vu l'état de certains qui ne se voient déjà plus les mains, c'est très difficile...Hervé est invité à monter sur le toit pour prendre une photo avec le charpentier. Avec ses grands pieds, il ne peut éviter de détruire les tuiles toutes neuves (c'est les chaussures qui sont trop larges...) et a une sacre trouille de passer au travers! La soirée continue, animée par l'orchestre qui malheureusement ne connaît qu'un refrain, et voici que deux papis, complètements ivres, nous invitent à danser. Ils ne réalisent pas vraiment que nous préférons danser la " valse " (de manière aussi rapprochée...) avec des demoiselles mais heureusement pour nous, une brave mamie vient nous apporter la fameuse soupe de patates, ce qui nous permet de nous décoller de nos charmants cavaliers. Après la soupe, il y a un micro morceau de viande avec une bonne ration de patates, c'est bon mais ça a quand même tendance à remplir vite... Nous repartons dans la nuit, gavés mais heureux de retrouver nos vélos.
Et voici Ayacucho, lieu important vu que l'indépendance de toute l'Amérique latine est née de la victoire de la bataille d'Ayacucho sur les Espagnols. C'est également ici que fut crée le groupe terroriste du Sentier Lumineux. Pour nous, point de bataille ou de terroriste mais juste un jour de repos avant d'attaquer la dernière ligne droite sur Cuzco. Comme d'habitude, tout tourne et cette fois c'est Hervé qui ne tient pas la forme. Sa toux et son rhume qu'il traîne depuis maintenant trop longtemps se sont amplifiés. Après le remplissage de nos multiples réservoirs à eau nous partons en direction du premier col qui passe à 4300m. Pour le dîner, nous nous arrêtons dans un petit village. C'est dimanche et les habitants ne travaillent pas. Ayant construit le bistro mais pas l'église, il en résulte une joyeuse ambiance générale. Hervé, qui a les jambes en " gélatine " et frissonne, préfère rester dormir une après-midi dans le village. La solidarité étant de mise ces deux gentils compagnons restent avec lui. La salle du conseil est nettoyée et Hervé peut enfin se reposer. Pierre se repose et lit pendant que Frédéric dévore le livre " la caravane des Andes " que sa dulcinée (Marina) lui a envoyé. Au moment du souper, un gentil monsieur arrive en titubant, les yeux vitreux et nous propose de venir manger chez lui. Frédéric et Pierre acceptent mais Hervé décline l'invitation préférant se reposer et surveiller les vélos. La porte se referme et Hervé retourne dans ses songes. VLAM ! La porte s'ouvre violemment et revoici le gaillard qui vient apporter une bonne assiette de soupe et deux patates au malade. Cette fois-ci, il est bien obligé de manger mais lorsque ce charmant serveur, à l'haleine terrifiante, entame l'épluchage de la patate avec ces jolis doigts et en prenant soin de déposer les épluchures dans le sac de couchage, Hervé le remercie pour son aide mais lui explique qu'il va pouvoir se débrouiller seul... L'homme repart et voici que tous les gamins viennent s'agglutiner aux fenêtres pour voir un " Gringo " manger! Il ne manque plus que les cacahuètes, une pancarte et on ouvre un zoo! Il est évident que nos matelas gonflables, nos réchauds à essence et les vélos les impressionnent mais parfois c'est dur d'être toujours observé. Pour manger, pour aller au lit, pour lire, vive l'intimité...Enfin, on voulait des rencontres et des découvertes, non ?
Le lendemain matin, ça va un peu mieux pour Hervé et il décide de poursuivre la route. Le rythme est lent car l'état de la piste et l'altitude ne nous permettent pas de folies... En plus, chaque camion qui passe nous congratule d'un effroyable coup de klaxon et nous enveloppe dans un nuage de poussière, vive le sport! Au sommet, il devait y avoir un joli restaurant selon nos renseignements, malheureusement il ne reste que les murs...Dîner frugal avec biscottes et thon. Ca ne dérange pas Hervé qui n'a pas faim et qui se décide à retourner à Ayacucho pour se faire contrôler par un médecin. Après la séance, il est beaucoup plus soulagé. Le médecin lui dit qu'il a une forte grippe, qu'il lui faut du repos et qu'il respire comme une machine à vapeur! Ca vaut la peine de payer 10 Chf de consultation pour entendre ça...Enfin, il doit prendre des médicaments qui s'avèrent trop puissants pour notre brave naturaliste qui ne se soigne qu'au lait et au miel. Le résultat est pire: nausée, fatigue à longueur de journée et impossible de manger. D'énervement, il arrête tout, et prend quelques jours de repos. Pendant ce temps, les autres attaquent la dernière ligne droite en direction de Cuzco. Ligne droite n'est pas exactement la bonne expression car les virages sont nombreux. Ce n'est pas qu'on ait forcé sur la bière et le " pisco ", c'est la route elle-même qui serpente à volonté pour franchir les innombrables cols qui nous séparent encore de notre prochain but. Cuzco n'est qu'a 200 kilomètres à vol d'oiseau, mais lorsqu'on entrera dans la ville, le compteur aura progresse d'un bon 600 km. Pierrot et Fredo continuent leur progression dans les hauteurs du premier col, là où ne poussent que quelques herbes et des cailloux. Nos renseignements sont formels: Ocros, le prochain village, est à 70 km. Il est 14h30 et la route continue à grimper gentiment, repoussant à chaque fois à plus tard la descente vertigineuse qui nous mènera dans un coin plus " civilisé ". On nous a déconseillé de camper par là, pas en raison du froid, du vent ou de quelque autre catastrophe climatique, mais parce que, parait-il, les voleurs rodent dès la tombée de la nuit. On fonce, mais les kilomètres restants diminuent au compte goutte alors que l'horloge semble s'emballer. On est déjà résignés à passer la nuit en cachant tente et matériel sous un tas de cailloux lorsqu'une forme ressemblant fort à une maison se profile au loin. Un bistrot, ici ? On n'ose y croire, quoique il arrive d'en trouver à des endroits plutôt inattendus. Lorsqu'on atteint le havre providentiel, point de bistrot: il s'agit de baraquements logeant une bonne cinquantaine de travailleurs. Ils construisent une ligne électrique et sont installés ici depuis seulement un mois, ce qui ne les empêche pas d'avoir déjà logé plusieurs cyclistes, dont notre ami Jan le Hollandais. L'accueil va au delà de nos espérances: les cantinières nous invitent pour le café, puis pour le repas. Les ouvriers, bien que travaillant dans des conditions pas vraiment faciles (on est a plus de 4000 mètres), sont plutôt souriants et l'ambiance contraste énormément avec celle du bled sinistre de la nuit passée. Tout le monde nous pose évidemment les questions d'usage: d'ou on vient, pourquoi on fait ça, combien valent les vélos, si on va les vendre à la fin du voyage, combien gagne un ouvrier en Suisse. On essaye à notre tour d'en savoir plus sur la raison de ce village-champignon perdu au milieu de la " puna ".. L'ingénieur chef finira par nous éclairer: il y a un campement similaire tous les 100 km, qui sert de base pour préparer la construction des pylones sur le tronçon. Il nous explique tout sur la construction de la ligne: les Péruviens construisent la moitié et une entreprise Canadienne s'occupe de l'autre moitié. Bien entendu, les Péruviens sont plus rompus à l'environnement andin et progressent beaucoup mieux, c'est en tout cas ce que nous affirme le chef. Il nous explique ensuite ses voyages, en Europe, au Brésil et en Amazonie. Il nous enjoint d'aller faire un tour dans la " selva "(jungle) où le climat est doux et les filles sont chaudes. Il est vrai qu'on imagine mieux notre ami, qui n'est pas sans nous rappeler Aldo Maccione, en short sur une plage qu'en anorak dans la montagne. Les lendemain matin, après avoir passé la nuit dans le dortoir où règnent en maître un concert de ronflements et une température avoisinant le zéro, on a encore droit à un copieux déjeuner. Une excellente adresse, donc, qui ne figurera dans aucun guide, d'autant plus que l'ensemble disparaîtra d'ici une année. Une succession d'autres cols nous mènera à Abancay, alternant les herbes sèches des sommets à la végétation plus extravagante des vallées où se bousculent des hordes de perroquets et autres volatiles. Ce trajet nous laissera aussi le souvenir d'un accueil incroyable. Impossible de pédaler sur le coup de midi sans se faire inviter à partager patates et mais séché, ce qu'on accepte évidemment de bonne grâce. La légende des gringos qui tuent les gens pour faire de l'huile n'a pas l'air trop forte par ici. La plupart sont heureux de discuter un moment avec nous, et les trois mots de Quechua que nous ont appris deux serveuses à Chincheros ont beaucoup de succès. Le premier prix revient a la phrase " siqui nananka " (j'ai mal aux fesses), qui est bien de circonstance.
A Abancay, on doit retrouver notre malade. Il rate le premier rendez vous, mais quelle n'est pas notre surprise en inspectant une chambre d'hôtel de constater que notre ami a choisi le même établissement que nous. Il a passé des jours terribles cloué au lit sans parler du voyage en camionnette. Etant tellement content de retrouver ses compagnons et de recommencer à pédaler qu'il est prêt à supporter les pires incartades de Pierrot. De Abancay, nous reprenons la route en distinguant au loin deux silhouettes qui nous sont familières. Ils sont perchés sur des vélos, chargés de sacoches et avancent tranquillement. Pas de doute possible, ce sont bien deux cyclos-voyageurs. Ils sont parisiens et ont commencé leur périple il y a 5 mois. Le contact est immédiat et nous décidons de rester ensemble jusqu'à Cuzco. Un soir, nous décidons de leur faire goûter un plat typiquement suisse: viande hachée avariée, oignons et ail, bananes, avocats, pâtes, thon, le tout bien mélangé et servi sur un coulis de crème d'asperge. Un délice, qui laissera un souvenir culinaire inoubliable à nos deux invités... Nous entamons l'ultime col sur piste caillouteuses avant Cuzco et le trajet nous offre un panorama splendide sur la vallée. Une petite descente et nous voilà sur la fameuse route asphaltée attendue depuis longtemps par nos fessiers. A nous les pointes de vitesses ! Nos amis français, nous accompagnent toujours et en plus ils apprennent très vite à jouer au chibre. Les parties suisse-france sont serrées ! Le 15 septembre, à 17h00 nous arrivons en plein centre de Cuzco. La bière coule à flot et nous retrouvons nos deux compatriotes suisses, Philippe et Thierry, en pleine forme et chargés de fondues, chocolats, vin blanc, lettres et " un peu "… de matériel pour la suite de notre voyage. Au menu: visite du Machu Pichu, repos et nettoyage complet des vélos ! Nous avons certainement passé par une des route les plus difficile du Pérou, mais les rencontres et les paysages furent si fantastiques que nous ne regrettons nullement notre choix ! La route tout comme la lecture fut longue...mais nos aventures aussi, parole ! Prochain rendez-vous en Bolivie. On s'aime, c'est pas possible autrement! Nos deux amis français: Charles et Thomas parlent désormais avec un magnifique accent vaudois et en plus ils poussent d'énormes " bouelées "!
Voici un extrait du mail qu'ils ont envoyé à leurs amis après nous avoir rencontré:
De sacres rigolos ces parisiens, non ??! Nous serons restes 8 jours à Cuzco. Cette superbe cité coloniale, située à 3400m et entourée de montagnes nous aura octroyé un repos complet. Il y a des endroits où il fait bon vivre et Cuzco en fait partie. Ses restos, ses maisons, sa superbe cathédrale et ses petites ruelles aux gros pavés bordées de magnifiques balcons en bois ne nous auront pas laissé indifférents. Cuzco aura été aussi la ville des rencontres : nos deux " topios " suisses: Philippe et Thierry, quatre belges, un hollandais, deux suisses-allemandes, un couple de Valaisans et toujours nos deux compagnons de route français. Autant dire que les soirées étaient pour le moins animées...
Apres avoir largement profite des fondues apportées, Frédéric, Philippe, Thierry, Thomas et Charles partirent pour la marche de l'Inca. Cette marche dure un peu moins de quatre jours et se termine au fabuleux site du Machu Picchu. Pierre et Hervé resteront à l'hôtel afin de récupérer d'une bonne diahrée qui les terrassait depuis une dizaine de jours. Ils rejoindront la petite équipe en train au dernier campement avant l'arrivée sur le site. Malgré de légères averses la marche fut belle. Le petit groupe, gravissant des centaines de marches à travers une végétation très riche et en suivant des sentiers vertigineux, arriva crotté, puant et couvert de piqûres de moustiques au camp de Wuinay Wuayna où les attendaient Pierre et Hervé. Des fondues plein le sac et surtout très content d'avoir pu aussi faire une petite marche dans la verdure des montagnes où les petites passerelles en bois incitent à une croyance profonde dans la solidité des constructions péruviennes. La soirée fut complète : fondue, pâtes avec sauce à la bière et pour finir chants barbares pour le plus grand plaisir (ou presque...) des porteurs péruviens. Ces derniers sont impressionnants : de véritables mollets de coq et en prime une solide santé pour porter les 35 kg de matériel. Ils sont sous payes (~7 Sfrs par jour) par des agences qui organisent ce tour. Il faut les voir gambader avec leurs sandales en caoutchouc sur des sentiers où la prudence serait de mise. Respect et admiration pour ces hommes, exploités et au dos brisé par le poids de leur chargement. La nuit fut courte car le lendemain nous étions tous prêts à 05h30 afin d'aller découvrir le levé du soleil sur le Machu Picchu. A défaut de soleil, nous aurons droit à un levé de brume durant 30 secondes sur le site. Nous sommes à la porte de L'Inti-Punku, à encore une quarantaine de minutes du " Mirador ". Mini tour en pierre d'où l'on peut apercevoir l'ensemble du site.
Le Machu Picchu fut découvert en 1911 par l'américain Bingham et ce, tout à fait par hasard ! Le temps est magnifique mais nous décidons de retarder un peu le début de la visite car deux italiennes, rencontrées le jour précédent, nous proposent de suivre un cours de " Tai-Chi ". Nous voici donc à pieds nus dans une herbe embellie par les " pétoles " de moutons à la recherche de notre équilibre. A part l'attraction terrestre, nous ne découvrons pas grand chose d'autre... Après la visite nous redescendons à Aguascalientes afin d'y prendre le train qui nous ramènera a Cuzco. Arrrrrg, horreur ! Le train est archi complet. Du fait d'une grève, il n'y a eu qu'un train aujourd'hui. Même des sardines ont plus de liberté ! Le train démarre, les gens pendus aux portières ou debout sur les tambours des wagons. Les sacs à dos sur les pieds et en plus avec la planéité des rails, le train effectue des mouvements de balanciers pas très rassurants. Pour arranger le tout, il se met à pleuvoir et la locomotive n'arrivant plus à tirer pareil poids , se met à patiner dans les montées entraînant ainsi de magnifiques secousses dans les wagons. Heureusement, le calvaire n'aura dure que trois heures...Il est sur que certains touristes auront apprécié ! Adieu Cuzco, à nous la route ! Direction Puno, en nous octroyant une bonne journée de nettoyage sur les vélos. Freins, pédaliers, moyeux, etc.. tout y passe. Résultat: on croirait avoir un vélo neuf ! (hm, hm, hm...).
Une nuit nous nous arrêtons à San Pedro. Cette petite bourgade n'a rien de spécial si ce n'est ses bains d'eau médicinale. Vu la couleur de l'eau (brunâtre) nous préférons éviter le lavage. Le gardien nous autorise à passer la nuit dans la salle d'attente des bains et nous propose de goûter à cette eau rénovatrice, rajeunissante, guérissante, etc...La consigne est simple : il faut en boire beaucoup pour éviter les problèmes d'estomac ! Notre réponse est tout aussi simple : non merci, on a déjà donne ! Quelle ne fut pas notre surprise , lorsque au petit matin (05h30) une file de personne attendait de pouvoir remplir leur seau avec cette eau magique ! Il y a de ces matins ou le réveil est parfois rapide...sans parler qu'il est toujours agréable de s'habiller sous l'œil étonné de mamies aux sourires pepso-sans-dent ! La journée est rude car il fait un peu froid et la neige pointe le bout de son nez. On a de la chance, nous n' hériterons que d'une légère grêle en franchissant le col Abraya de la Raya (4300m). Sur la route, il y a très peu de village et nous nous retrouvons un peu coincés pour le dîner. Point de restaurant, mais par contre il y a une jolie petite école en contrebas de la route où les enfants ont l'air de manger. Nos estomacs criants famine nous partons demander l'aumône aux maîtresses. Enchantées, elles nous font asseoir sur les petites chaises et nous amènent deux paquets de biscuits (style armée suisse) chacun ainsi qu'une bonne tasse de lait aux 50 céréales ! Un véritable délice que nous dégustons avec plaisir, assis autour de notre petite table, nous passons vraiment pour des écoliers très studieux sous les yeux étonnés de nos " collègues "; de 4 a 6 ans. Apres une nuit dans le théâtre municipal de Santa Rosa, nous partons pour Ayaviri. Tchling ! crac, oh, oh, merde !(retranscrit textuellement...) petit problème pour Hervé: l'œillet qui tient le porte-bagages vient de casser. Heureusement le village est tout proche et une petite équipe de soudeurs acceptent de faire la réparation. Dictionnaire en main, Hervé tente une rapide explication: attention aux câbles, dévisser ça, enlever la roue, ne pas....oui, oui, c'est bon répond le chef, ferme les yeux, on a l'habitude : 30 ans d'expérience qu'il dit ! Hervé entame une rapide prière et...ouf ! le résultat n'est pas trop mal, en plus ça a l'air de tenir.
Le 29 septembre nous arrivons à Puno au bord du lac Titicaca. C'est le plus haut lac navigable du monde. Situe a 3827m, il mesure 175 km de long et couvre environ 8000 km carrés. Nous prenons un petit bateau pour nous rendre sur l'île d'Amantani où nous passerons une nuit chez l'habitant. Au passage, arrêt obligatoire sur les îles flottantes d'Uros. Elles sont construites entièrement en roseau. Malgré leur aspect " très "; touristique, elles n'en restent pas moins intéressantes et très jolies. Ah, au fait, l'eau du lac n'est pas salée, nous l'avons goûté pour vous ! Apres 20 minutes de visite, nous repartons pour l'île d'Amantani. Du loin, nous apercevons le temple de la Pachamama (Déesse de la Terre) ainsi que de nombreuses terrasses agricoles. Nous nous faisons accueillir par les habitants de l'île qui nous offriront l'hospitalité et un repas dans leur maison. Malheureusement, ils sont terriblement pauvres. Se débrouillant avec quelques mètres carrés de culture et du tourisme, ils vivent de manière vraiment rudimentaire. Notre hôte ne pourra nous présenter sa femme qui est clouée au lit depuis 6 mois à cause d'une maladie qu'ils ne peuvent guérir faute de moyen financier. Le lendemain matin, levé à 05h00 afin de contempler le levé du soleil sur l'île et après on reprend le bateau pour Taquile. Autre île où les traditions sont un peu plus fortes que sur la précédente. Tous les conflits entre villageois se règlent sur la place publique et les hommes encore célibataires portent un magnifique bonnet rouge au bout blanc pour montrer leur statut. En arrivant sur l'île, point de vahinés ou de cocotiers mais il fait tellement chaud...que nous décidons d'entreprendre une petite baignade dans le lac. Ca crie, ça hurle car l'eau est légèrement frisquette ! Enfin, juste de quoi nous réveiller avant d'entamer la montée qui va jusqu'au village.
Durant le retour en bateau, nous faisons la connaissance de deux irlandaises : Sarah et Anna, toutes deux en vacances durant plusieurs semaines. L'une d'elle a son anniversaire et nous décidons de fêter ça à la topio ! Apres une rapide répartition des tâches, tout est prêt pour la petite soirée : fromage pour la fondue, gâteau au flan avec bougies et un magnifique cadeau : une bicyclette de voyage (miniature) construite entièrement avec des matériaux trouves au marché: du fil de fer, du carton et des roulettes. Tout y est: le sac de couchage, les pédales, les sacoches avec à l'intérieur le matériel du parfait cyclo-voyageur: caquelon, pain, guide touristique, etc... Ce n'est certainement pas la fondue ( de toute l'histoire des topios, jamais nous n'en n'avions mangé une aussi degueu......) qui lui aura mis la larme à l'œil, mais par contre, le cadeau fut grandement apprécie ! Les visites et la fête finies, nous repartons pour la frontière Bolivienne. La route est très jolies. Elle longe le bord du lac et les couleurs sont splendides. En passant à Juli, nous sommes engagés, pour quelques minutes, à dresser des piliers en béton servant à l'éclairage public. Tout se fait dans les rires et la joie mais toujours très tranquillement...Les mamies du village rigolent bien en voyant travailler de valeureux " gringos ". Pour notre dernier soir au Pérou, nous nous arrêtons à Pomata, où une grande fête a lieu. Les gens, habilles dans de magnifiques costumes, dansent, mangent, boivent, boivent et reboivent encore. Pendant que la fanfare du village entame son refrain favori, les plus amochés viennent discuter avec nous. Certains sont très intéressés par notre parcours pendant que d'autres cherchent leurs mots pour pouvoir sortir une phrase un minimum compréhensible. L'un deux, à l'haleine fétide et jouant au " boxer "; ne trouve rien de mieux que de baver sur les chaussures d'Hervé en tentant d'expliquer qu'il ne boit que de la bière et jamais de Coca-Cola ! Une ambiance sympathique dans une atmosphère bon enfant nous laissera la notre ultime souvenir du Pérou. Le 6 novembre, nous franchissons la frontière bolivienne, le cœur un peu gros, car les moments intenses et les rencontres vécues durant deux mois et demi au Pérou auront été de taille! Passant du désert (au nord du Pérou) aux montagnes, sur des pistes de toute beauté et sans oublier l'arrivée sur l'altiplano nous aurons eu la chance de découvrir les multiples facettes de ce fantastique pays dans lequel nous reviendrons certainement un jour.